PourBernard Pivot Il Ătait De Culture Solution. RĂ©ponses mises Ă jour et vĂ©rifiĂ©es pour le niveau CodyCross Saisons Groupe 74. Solution. Pour Bernard Pivot il Ă©tait de culture
Paris(AFP) - Bernard Pivot a la mine gourmande quand il parle de livres: il vivra mercredi son premier prix Goncourt en tant que
Ilest le premier à avoir su imposer la transparence et surtout des rÚgles de déontologie à l'Académie Goncourt.C'est ce qu'explique l'écrivain Pierre Assouline, membre du
Culture& loisirs Bernard Pivot : «La vieillesse nous fournit du temps pour rĂȘver» LâĂ©crivain et journaliste publie « Mais la vie continue», rĂ©jouissant rĂ©cit dans lequel
Ilétait là vendredi à la Cave coopérative pour la sélection de la « cuvée beaujolais-villages Bernard Pivot », en compagnie de Périco Légasse, critique gastronomique à Marianne
BernardPĂŻvot. Avec son spectacle «Souvenirs dâun gratteur de tĂȘtes», Bernard Pivot nous apostrophe en nous racontant vingt-huit ans dâĂ©missions littĂ©raires, de coups de cĆur et dâanecdotes ciselĂ©es. Un vĂ©ritable bouillon de culture quâil interprĂ©ta le 13 janvier 2017 au Théùtre de la Ville.
BernardPivot aura 86 ans aux fraises, et il ne les sucre toujours pas ! Câest pourtant de la vieillesse dont cette figure lĂ©gendaire de la tĂ©lĂ©vision a choisi de parler dans le roman quâil
Lhomme de lettres et de télévision est sur scÚne ce soir jeudi et demain au Théùtre de Vienne. Il y présente son spectacle "Au secours ! Les mots m'ont mangé". Bernard Pivot était l
Troisauteurs de renom seront prĂ©sents, Ă la mĂ©diathĂšque Ă partir de 16 h, pour une sĂ©ance de dĂ©dicaces et de lectures : Philippe Alexandre, BĂ©atrix de lâAulnoit et Bernard Pivot.
Ă83 ans, lâemblĂ©matique journaliste littĂ©raire continue de pĂ©tiller dâun enthousiasme contagieux. Ciselant avec gourmandise tweets et traits dâesprit sur lâactualitĂ©, sous toutes ses
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Disons les choses d'emblĂ©e, je suis, l'auteur de cet article, le gendre de Bernard Pivot. Celui des deux qu'il a remerciĂ©, dans son livre Les Tweets sont des chats*, pour l'avoir initiĂ© aux maigres mystĂšres des rĂ©seaux sociaux - l'autre, le kinĂ©, a un rĂŽle autrement plus prĂ©cieux, qui soulage de ses mains les petits bobos d'un octogĂ©naire dans la force de l'Ăąge mais dont parfois, inĂ©vitablement, le corps grince. Les pages qui suivent ne dressent pas le portrait de l'animateur d'Apostrophes. C'est celui, subjectif, d'un homme qui, Ă l'Ă©poque de notre rencontre, au dĂ©but des annĂ©es 2000, avait dĂ©cidĂ© de prendre sa retraite en pleine gloire et de vivre, comme il le dit aujourd'hui, "une seconde vie, parce qu'Ă 65 ans, c'est encore possible, mais qu'Ă 75, c'est trop tard". D'un homme de 83 ans qui vit comme s'il en avait 30 et dont le rapport au temps qui passe me subjugue. Celui de "mon" Bernard Pivot - pour reprendre l'expression du responsable de cette rubrique dont l'enthousiasme a soutenu ce projet casse-gueule, malgrĂ© mes doutes et ceux, plus grands encore, du principal intĂ©ressĂ©. Ou, plus exactement, de "notre" Bernard Pivot. Sans ses proches, amis, Ă©diteurs, collaborateurs, jurĂ©s, pygmalions, observateurs avisĂ©s et lui-mĂȘme, qui ont acceptĂ© de me livrer leur tĂ©moignage, l'exercice eut Ă©tĂ© vain, la photographie fragmentaire et sans grand intĂ©rĂȘt. Qu'ils en soient ici remerciĂ©s. Episode 1 OĂč Bernard Pivot saute dans le vide, parce qu'Ă 65 ans tout est possibleSon histoire recommence donc en 2001. Cette annĂ©e-lĂ , malgrĂ© l'insistance de la patronne de France 2, MichĂšle Cotta, et d'une belle brochette d'intellectuels qui vont jusqu'Ă lui lancer un appel dans Le Journal du dimanche, Bernard Pivot dĂ©cide unilatĂ©ralement de mettre un point final Ă Bouillon de culture, l'Ă©mission, hebdomadaire Ă©galement, qui a succĂ©dĂ© quelques annĂ©es plus tĂŽt Ă Apostrophes. La raison qu'il invoque est aussi lumineuse qu'anachronique dans un milieu, la tĂ©lĂ©vision, oĂč l'on ne lĂąche pas facilement son fauteuil Starck et la notoriĂ©tĂ© qui va avec, immense dans son cas "Je me suis dit, mon p'tit Bernard, si tu ne veux pas finir en professeur grincheux, il est temps de passer Ă autre chose." Offre limitĂ©e. 2 mois pour 1⏠sans engagement Autre chose ? Ses fameuses dictĂ©es, qu'il poursuit jusqu'en 2005, et un peu de petit Ă©cran, une fois par mois seulement, avec une nouvelle Ă©mission sur une chaĂźne moins prestigieuse, oĂč il rencontre des personnalitĂ©s Ă la double appartenance culturelle et nationale. Double Je durera quatre ans. "Je posais toujours les mĂȘmes questions, j'ai fini par me lasser." Bernard Pivot dĂ©bordĂ© par les photographes lors de la 500Ăšme d'Apostrophes, sur Antenne 2, le 27 septembre PHOTO JOEL ROBINE / AFP PHOTO / JOEL ROBINESurtout, il passe de l'autre cĂŽtĂ© du miroir, oĂč il ne s'est jusque-lĂ aventurĂ© qu'une fois, pour un roman de jeunesse, L'Amour en vogue, sur lequel il prĂ©fĂšre ne pas s'Ă©tendre. Bernard Pivot se met Ă Ă©crire. Des livres. "Une sorte d'espiĂšglerie tardive", s'amuse-t-il. Trois ans de travail, tout de mĂȘme, pour le premier, son Dictionnaire amoureux du vin. "Olivier Orban, le directeur de Plon, m'avait invitĂ© Ă dĂ©jeuner, se souvient-il. J'Ă©tais persuadĂ© qu'il allait me proposer le football et j'Ă©tais dĂ©cidĂ© Ă refuser. Quand il m'a parlĂ© du vin, j'ai Ă©tĂ© sidĂ©rĂ©. J'ai pensĂ© Ă mon enfance dans le Beaujolais, Ă Baudelaire. L'idĂ©e m'est apparue trĂšs bonne, j'ai dit oui". Bonne pioche, pour l'auteur et l'Ă©diteur. Son hommage Ă Bacchus reste, Ă ce jour, le plus gros succĂšs de la collection. Le pli est pris. Depuis, Pivot enchaĂźne Les Mots de ma vie, Oui, mais quelle est la question ? Au secours, les mots m'ont mangĂ©, La mĂ©moire n'en fait qu'Ă sa tĂȘte*... Coup de tonnerre chez les Goncourt. En 2004, le monde de la littĂ©rature lui rĂ©serve une nouvelle surprise. Et pas Ă lui seulement. Un coup de tonnerre Ă©branle les murs lambrissĂ©s de Drouant, le restaurant oĂč le jury de l'acadĂ©mie Goncourt se rĂ©unit tous les premiers mardis du mois. Ses membres l'invitent Ă siĂ©ger avec eux, deux ans Ă peine aprĂšs qu'il eut acceptĂ© de rejoindre le prix InteralliĂ©. Il s'assiĂ©ra devant le "premier couvert", oĂč l'ont notamment prĂ©cĂ©dĂ© Alphonse Daudet, Colette, Jean Giono, Bernard Clavel, AndrĂ© Stil, mort en septembre. En octobre, Bernard Pivot est Ă©lu Ă sa place. Michel Houellebecq assailli par les journalistes aprĂšs son prix Goncourt, en une premiĂšre qui rĂ©sonne en un siĂšcle, jamais un non-Ă©crivain n'avait Ă©tĂ© appelĂ© Ă voter pour le plus grand des prix littĂ©raires francophones. Plus fort, il s'agit d'un journaliste Ă la rĂ©putation d'incorruptible, qui devrait dĂ©ranger le jeu de "combinazione" d'oĂč sortent un peu trop souvent vainqueurs les mĂȘmes, les pouliches de l'Ă©curie "Galligrasseuil", ce tout-puissant trio composĂ© de Gallimard, de Grasset et des Ă©ditions du Seuil. Incorruptible, vraiment ? L'anecdote est rapportĂ©e par Guillaume Allary, jeune directeur de la maison du mĂȘme nom, qui a publiĂ© l'un de ses livres, Au secours ! les mots m'ont mangĂ©*. Tous deux avaient pour ami l'Ă©diteur Jean-Claude LattĂšs, disparu en janvier. "C'Ă©tait deux super-potes, vraiment. TrĂšs, trĂšs proches. Pourtant, aucun auteur de Jean-Claude n'avait jamais Ă©tĂ© invitĂ© chez Pivot. Il a fini par lui demander pourquoi. La rĂ©ponse de Bernard ? 'J'attends qu'un de tes livres me plaise'." Le prĂ©sident du Goncourt, entourĂ© de la laurĂ©ate 2016, Leila Slimani Ă g., de JerĂŽme Ferrari et de deux membres du jury, Philippe Claudel et Patrick Rambaud de g. Ă d..AFPDonc, Pivot promet il ne s'est jamais laissĂ© influencer Ă la tĂ©lĂ©, ce n'est pas pour commencer maintenant, Goncourt ou pas. De la transparence, la fin des arrangements, des jurĂ©s dĂ©sormais irrĂ©prochables, les choses vont changer. Il mĂšne la rĂ©forme, au pas de charge. En quelques mois, l'image s'Ă©claircit. Les Goncourt ont ratĂ© Gide, Camus, CĂ©line, Yourcenar, Cohen, Sagan, Le ClĂ©zio ? En 2006, ils ne manquent pas Jonathan Littell et ses monumentales Bienveillantes. Puis couronnent Michel Houellebecq, le paria ; Marie NDiaye et LeĂŻla Slimani, femmes et d'origine africaine ; mĂȘme Pierre Lemaitre, auteur de polars Ă succĂšs, une marque d'infamie jusque-lĂ . Avec le virtuose Au revoir lĂ -haut, en 2013, il signe l'une des plus belles ventes de l'histoire du prix. "C'est un type qui ne supporte pas qu'on bride sa libertĂ©. Il a Ă©tendu cette exigence Ă l'ensemble du jury, se fĂ©licite Pierre Assouline, qui en est membre depuis 2012, bien aprĂšs les premiers bouleversements. Jamais l'AcadĂ©mie n'a Ă©tĂ© si indĂ©pendante. Aucun jurĂ© n'est plus salariĂ© par un Ă©diteur. C'est Pivot qui l'a voulu." ProfondĂ©ment remaniĂ©s par les arrivĂ©es de Tahar Ben Jelloun, Philippe Claudel, Paule Constant, Patrick Rambaud, RĂ©gis Debray, auquel succĂ©dera la disruptive Virginie Despentes, en 2016, les Goncourt le remercient de les avoir brusquĂ©s, peut-ĂȘtre plus qu'ils ne l'avaient imaginĂ©. En 2014, Pivot prend tout naturellement, comme une Ă©vidence, la place de la prĂ©sidente Edmonde Charles-Roux, contrainte Ă la dĂ©mission par la maladie. Les copains dĂ©laissĂ©s. PrĂ©sider l'AcadĂ©mie, ça veut dire un peu de travail supplĂ©mentaire, de coordination, de reprĂ©sentation. Ses copains en sont bien conscients. Et sont plus rĂ©servĂ©s, eux qui comptaient remettre la main sur lui aprĂšs les annĂ©es Apostrophes, quand il lisait douze heures par jour, sept jours sur sept, dix mois par an. "Je pensais que lorsqu'il aurait arrĂȘtĂ© la tĂ©lĂ©, nous nous verrions plus souvent et, comme lorsque nous Ă©tions plus jeunes, que nous retournerions aux matchs de L'Olympique Lyonnais LOL [son club de coeur], qu'il lĂšverait le pied, regrette mezza voce Paul Geoffray, l'un de ses vieux amis si chers de QuinciĂ©-en-Beaujolais, oĂč la famille des Lyonnais Pivot s'Ă©tait rĂ©fugiĂ©e pendant la guerre. Maintenant, il est le patron du Goncourt, il lit toujours beaucoup, il Ă©crit beaucoup... Finalement, on le voit plutĂŽt moins." Lever le pied ? Quand je lui demande s'il en serait capable, ma compagne, sa fille CĂ©cile, avec laquelle il a Ă©crit son dernier livre, Lire !, est catĂ©gorique "Ăa me rappelle une discussion qu'on a eue, un jour, Ă propos de la vieillesse, sourit-elle. Il m'a dit qu'il ne fallait jamais rien lĂącher, ni intellectuellement, ni physiquement, ni sexuellement. Mon pĂšre, renoncer Ă travailler ? Je serais terrorisĂ©e !" Jullienas Bernard Pivot, en est loin, le "globe-trotteur", comme l'appelle Paul Geoffray. La liste de ses activitĂ©s aprĂšs qu'il eut officiellement cessĂ© d'en avoir a des allures d'inventaire Ă la PrĂ©vert outre ses livres, les tournĂ©es de promotion et l'AcadĂ©mie, il rĂ©dige chaque semaine deux colonnes pour Le Journal du dimanche, dĂ©jeune dĂšs qu'il le peut avec le Club des Cent, une assemblĂ©e d'amateurs de bonne chĂšre comme lui, oĂč il cĂŽtoie Pierre Arditi, Alain Ducasse, Jean-Pierre Raffarin ou Claude BĂ©bĂ©ar. Il se laisse enrĂŽler par le comitĂ© de surveillance du groupe Express-Expansion, en 2005, et ça dure quelques annĂ©es ; il prend le temps de crĂ©er un comitĂ© de dĂ©fense du beaujolais, en 2009, et revient chaque saison y surveiller la mise en bouteilles de la cuvĂ©e qui porte son nom. Surtout, il se dĂ©couvre deux nouvelles passions chronophages Twitter, donc, oĂč le nombre de ses fans frĂŽle dĂ©sormais le million, et le théùtre, qui l'emmĂšne sur les routes de France et d'Europe, qu'il vente ou qu'il pleuve. 3 ou 4 reprĂ©sentations par mois, plus de 200 depuis son premier spectacle, il y a six ans. CĂ©cile "Je ne pourrais pas tenir Ă ce rythme." Paul "Les voyages forment la jeunesse, dit-on. Avec lui, c'est sĂ»r !" Jean-Claude Jacquemet, un autre de ses copains de QuinciĂ©, admiratif "Je passe pour ĂȘtre en bonne forme, mais Bernard, c'est le gabarit au-dessus." Episode 2 OĂč l'on constate que marier travail et plaisir lui porte chance"Je voulais ĂȘtre journaliste sportif, pas littĂ©raire. La tĂ©lĂ©, c'est elle qui m'a choisi. La direction de Lire, c'est Jean-Louis Servan-Schreiber qui me l'a proposĂ©e. Le concept des dictĂ©es a Ă©tĂ© inventĂ© par un linguiste bruxellois. Sauf Double Je, les bonnes idĂ©es ne sont jamais venues de moi." Quand Bernard Pivot dit qu'il est un "veinard", qu'il jouit d'une "rĂ©ussite qui dĂ©passe ses qualitĂ©s intellectuelles", ce n'est pas une coquetterie, il en est profondĂ©ment persuadĂ©. Sa fille aussi "Je ne connais personne qui ait eu autant de chance que lui dans la vie". Mais elle nuance "C'est aussi parce qu'il est bon et que c'est un gros bĂ»cheur. Il a souffert pour dĂ©crocher son bac, souffert de ne pas avoir fait de longues Ă©tudes, de ne pas ĂȘtre allĂ© Ă la fac, de ne pas parler d'Ă©gal Ă Ă©gal avec certains de ses invitĂ©s d'Apostrophes, alors il a compensĂ© en travaillant Ă©normĂ©ment." En d'autres termes, par lui-mĂȘme "Quand vous vous retrouvez devant Marguerite Duras aprĂšs de simples Ă©tudes de journalisme, vous ne jouez pas les fiers-Ă -bras, vous bossez." Jorge Semprun, l'un des seuls Ă©crivains Ă avoir franchi les portes de son intimitĂ©, et dont la mort il y a sept ans l'a douloureusement affectĂ©, retournait l'Ă©quation "Ta chance, lui disait-il, c'est de ne pas avoir fait l'universitĂ©." La chance, elle s'apprivoise. C'est parce qu'il a de la chance que, Ă l'issue d'un entretien d'embauche dĂ©sastreux, le rĂ©dacteur en chef du Figaro LittĂ©raire apprend que ses parents sont lyonnais et produisent un peu de vin, et qu'il se laisse convaincre de le prendre Ă l'essai... contre une caisse de beaujolais que le jeune diplĂŽmĂ© du Centre de formation des journalistes promet de lui rapporter la semaine suivante. Mais c'est parce qu'il est bon et qu' "il travaille Ă©normĂ©ment" pour combler ses lacunes en littĂ©rature qu'il le garde. C'est parce qu'il a de la chance que, mis Ă la porte du Figaro, il peut prĂ©senter sa premiĂšre Ă©mission Ă la tĂ©lĂ©, Ouvrez les guillemets - et, accessoirement, rĂ©gler avec ses indemnitĂ©s de licenciement la facture de la piscine de sa maison de QuinciĂ©, qui porte, depuis, le nom de celui qui l'a virĂ©, Jean d'Ormesson. Mais c'est parce qu'il est un intervieweur hors pair et qu'il marne comme un moine bĂ©nĂ©dictin que l'annĂ©e suivante, en 1975, Apostrophes devient le phĂ©nomĂšne que l'on sait... phĂ©nomĂšne dont bĂ©nĂ©ficiera notamment "Jean d'O", devenu l'un de ses habituĂ©s. Coup de foudre au théùtre. C'est parce qu'il sent que Pivot sera bon devant les habituĂ©s de son théùtre du Rond-Point que, bien des annĂ©es plus tard, au printemps 2012, Jean-Michel Ribes lui offre Ă son tour cette drĂŽle de chance seul au milieu d'un dĂ©cor minimaliste inspirĂ© du plateau d'Apostrophes, table basse et fauteuil en cuir noir "extraits des rĂ©serves du Rond-Point, comme [il a lui-mĂȘme] Ă©tĂ© extrait des rĂ©serves de la tĂ©lĂ©vision française", Pivot lit ses Souvenirs d'un gratteur de tĂȘtes, depuis son enfance lyonnaise jusqu'au Nobel de Patrick Modiano, dont son imitation bĂ©gayante fait pleurer de rire le public. Pris de court, les journalistes sont rares. La salle fait le plein, trois soirs de suite. A en croire Jean-Michel Ribes - et pourquoi ne le croirait-on pas ? -, "Pivot s'est trĂšs vite pris au jeu, s'est libĂ©rĂ© des camĂ©ras. Ăa lui a redonnĂ© de la vie." Il ne le sait pas encore, mais il a chopĂ© le virus. Il l'entretient en... travaillant Ă©normĂ©ment. L'Ă©phĂ©mĂšre dure. Il finit par Ă©crire un nouveau texte, Au secours ! Les mots m'ont mangĂ©*, fait appel Ă des rĂ©gisseurs, Ă un metteur en scĂšne, Jean-Paul Bazziconi, Ă un producteur, Jean-Luc Grandrie. Qui, lui aussi... "Journaliste, prĂ©sident de l'acadĂ©mie Goncourt, il se dit qu'il n'aurait jamais dĂ» se retrouver lĂ . Du coup, il travaille deux fois plus que les autres." DĂ©cidĂ©ment. Cette chance-lĂ serait donc devenue un travail comme un autre, fait de sueur et de labeur ? A la Pivot ? Bernard Pivot interviewĂ© par Daniel Picouly, quelques minutes avant sa lecture d'Au secours, les mots m'ont mangĂ©, sur la scĂšne du Théùtre Comoedia, Ă Aubagne, le 15 novembre PROVENCE/MAXPPPJean-Michel Ribes prĂ©fĂšre, de loin, parler plaisir, fraĂźcheur, transgression. "Il a toujours Ă©tĂ© comme ça, Pivot, un loup dans la bergerie, Ă cĂŽtĂ© de l'autoroute, ce culot, cette faconde, cette maniĂšre de dire 'j'aime le vin, le foot', son insolence. La scĂšne a remis du charbon dans son moteur, l'a ramenĂ© Ă l'enfance, Ă cette vie qu'il a en lui, qu'il avait dĂ©jĂ . Il a trouvĂ© un nouvel endroit oĂč l'exprimer, le théùtre l'a 'dĂ©bouchĂ©', comme on ouvre une bouteille, il a dĂ©chirĂ© son manteau de solitude." Mazette ! On se dit, quand mĂȘme, qu'il exagĂšre. Puis on Ă©coute ce qu'en pense François Busnel. L'animateur de l'une des derniĂšres Ă©missions littĂ©raires du PAF, La Grande Librairie, ne cache pas ce qu'il doit au "plus grand journaliste français", Ă qui il a succĂ©dĂ© dans le coeur des lecteurs tĂ©lĂ©spectateurs et, un temps, Ă la direction de Lire. La transgression ? "On ne mesure pas assez ce qu'il y avait de subversif Ă inviter, Ă une heure de grande Ă©coute, sur la chaĂźne publique de Giscard d'Estaing, des auteurs interdits de sĂ©jour Ă la tĂ©lĂ©vision par le pouvoir. Soljenitsyne en pleine guerre froide, il fallait oser." Le plaisir ? "Il est comme d'Ormesson, Ă qui je demandais pourquoi il faisait de la scĂšne et qui me rĂ©pondait 'Je m'amuse prodigieusement'." Avec ses mots Ă lui, moins fleuris, Pivot renchĂ©rit "ArrivĂ© Ă un certain Ăąge, on n'accepte plus que ce qui fait plaisir. J'ai dĂ©cidĂ© Ă 65 ans que le moment Ă©tait venu." Ah bon ? Mais les signatures interminables dans les librairies, le mauvais vin aux apĂ©ros, les interviews creuses au micro de journalistes qui n'ont pas lu votre livre si, si, ça arrive, les longues heures de train pour aller jouer dans des salles des fĂȘtes Ă©touffantes ou glaciales ? Ces nĂ©cessaires contreparties - les "contraintes sociales" que lui imposent le Goncourt, le théùtre, ses Ă©diteurs - sont autant de dĂ©clinaisons du plaisir. Et je comprends lĂ qu'on en goĂ»te d'autant plus le sel qu'on a passĂ©, comme lui, quinze ans en tĂȘte Ă tĂȘte avec des livres et des Ă©crivains, jours fĂ©riĂ©s et vacances compris. Il donne un exemple "Pendant les annĂ©es Apostrophes, je ne suis pratiquement pas sorti le soir. Alors, le pot de dĂ©part Ă la retraite, il y a quelques jours, de Jean-Michel LarquĂ© [commentateur sportif et ex-joueur de l'AS Saint-Etienne, son second club de coeur et ennemi atavique du premier, l'OL], ce n'Ă©tait pas une contrainte sociale, c'Ă©tait du plaisir." Plus qu'un plaisir, le vin est une passion pour Bernard Pivot qui a mis sa notoriĂ©tĂ© au service des crus du Beaujolais, en crise. Ici Ă Lyon en mars 2016. AFPPlaisir aussi, assure-t-il, le doute, ce petit pincement au coeur inĂ©vitable quand on prend un virage aussi serrĂ©, qu'on se met en danger - "relatif, je ne risque pas grand-chose..." - sur une scĂšne de théùtre, en Ă©crivant des livres aprĂšs avoir passĂ© Ă la question Albert Cohen ou Marguerite Yourcenar, en devenant une Ă©gĂ©rie des rĂ©seaux sociaux Ă 80 printemps. Plaisir enfin, les rires du public "Ils ont tellement plus de valeur Ă mes oreilles que les applaudissements. C'est l'une des derniĂšres grandes joies de ma vie." Sur la scĂšne du Lucernaire, Ă Paris, oĂč il a campĂ© une semaine, Ă la fin du mois de mai, ils ont une nouvelle fois retenti, peut-ĂȘtre moins souvent qu'en province, oĂč l'on se fiche du qu'en-dira-t-on et de la biensĂ©ance et oĂč l'on s'esclaffe plus fort. Sauf ce soir particulier oĂč, pendant plus d'une heure, la salle a ondulĂ©, emmenĂ©e par un groupe de rieurs qui rĂ©agissaient au quart de tour, au moindre jeu de mots. Ils, ou plutĂŽt elles, sont venues le trouver Ă la fin du spectacle, se sont prĂ©sentĂ©es, de vraies fans, assumĂ©es, organisĂ©es, "uniquement des femmes entre 30 et 40 ans", se remĂ©more Bernard Pivot, l'oeil gourmand - "PlutĂŽt 50", rectifie Guillaume Allary, qui y Ă©tait. "Et vous savez comment elles se sont baptisĂ©es ? Les "pivettes". Claude François avait ses Claudettes, moi, j'ai mes Pivettes !" Il en rit encore. Episode 3 OĂč Bernard Pivot, devenu "geek", gazouille et joue les moralistes Sa nomination au Goncourt Ă©tait un pĂ©tard agricole Ă l'aune de cette explosion-lĂ le 26 dĂ©cembre 2011, Bernard Pivot rĂ©dige, en moins de 140 caractĂšres Ă l'Ă©poque, son premier tweet - oĂč il juge "terrible de trouver sur les tombes des cimetiĂšres les chrysanthĂšmes pourris de la Toussaint"... Bernard Pivot sur Twitter, ce repaire de gamins mal Ă©levĂ©s qui parlent un sabir incomprĂ©hensible, semĂ© d'acronymes anglo-saxons, bien loin de la belle langue de MoliĂšre ? LOL ! Que vient-il faire dans cette galĂšre, s'interrogent conjointement, un peu effarĂ©s, ses admirateurs et la twittosphĂšre ? Vous savez, si vous avez lu le premier Ă©pisode de ce rĂ©cit, que c'est moi qui ai transmis Ă mon beau-pĂšre les dix commandements de Twitter. Je refuse d'endosser une autre responsabilitĂ© que celle-lĂ . Le reste, ce qu'il en a fait, sa rĂ©gularitĂ© de mĂ©tronome il poste tous les matins Ă la mĂȘme heure, le nombre stratosphĂ©rique de ceux qui le suivent, l'impact de certains de ses aphorismes retweetĂ©s des dizaines de milliers de fois, c'est Ă lui, Ă lui seul et Ă son esprit qu'il le doit. Pivot fait de la gymnastique. Pierre Assouline fait partie de ses followers, et rĂ©ciproquement. Il connaĂźt bien Twitter, qu'il frĂ©quente depuis quelques annĂ©es et oĂč il collectionne les suiveurs, en nombre bien moins important, certes, mais quand mĂȘme. La reconversion numĂ©rique de Pivot ? Ăa le "fait marrer". Somme toute, il ne la trouve pas si surprenante. "D'abord, c'est une excellente gymnastique, la concision. Et puis il y joue les moralistes, y diffuse des pensĂ©es Ă l'ancienne, mais adaptĂ©es Ă notre temps." Guillaume Allary va plus loin dans la rĂ©fĂ©rence Ă une tradition littĂ©raire "qu'il remet au goĂ»t du jour, ce genre si français passĂ© Ă la postĂ©ritĂ© avec La Rochefoucauld". A l'auteur des Maximes, dont il ne nie pas l'influence, Bernard Pivot ajoute le pamphlĂ©taire Antoine de Rivarol, "un 'twitto' qui s'ignorait". Est-ce parce qu'il trouve chez eux, et sur Twitter, cette dĂ©sinvolture qui le fascine tant chez les autres mais qu'il est "trop sĂ©rieux" pour cultiver chez lui ? Il rĂ©pond "peut-ĂȘtre". Mais ajoute que l'exercice lui rappelle ses dĂ©buts au Figaro littĂ©raire, oĂč il fallait chercher en permanence l'information, rester en Ă©veil. Que c'est sa maniĂšre aujourd'hui "d'ĂȘtre prĂ©sent au monde", comme Ă l'Ă©poque. Pour tenir sa partition sur ce "rĂ©seau choral qui n'est composĂ© que de solistes", contrairement Ă l'agrĂ©gateur Facebook, qui ne l'intĂ©resse pas, il doit ĂȘtre plus que jamais journaliste. "Il achĂšte la presse chaque jour, il lit tout L'Equipe, Le Figaro, Le Parisien, Le Monde, les 'news magazines'... en partie, dĂ©sormais, parce que Twitter l'y contraint", apprĂ©cie sa fille. Ceux qui y officient rĂ©guliĂšrement le savent, Twitter n'est pas qu'un rĂ©servoir de belles lettres. C'est aussi, entre autres aspects inavouables, une vitrine oĂč s'exposent et s'affrontent les ego. Comme, toutes proportions gardĂ©es, sur les scĂšnes des théùtres ou devant les camĂ©ras de la tĂ©lĂ©vision. De lĂ Ă suspecter Pivot d'avoir cĂ©dĂ© aux sirĂšnes du narcissisme de masse, il n'y a qu'un pas, que pourrait inciter Ă franchir l'attention sourcilleuse qu'il porte au nombre de ses abonnĂ©s... L'accusation fait bondir François Busnel, qui pour son brillant plaidoyer en appelle Ă Edmond Rostand "Ce besoin de lumiĂšre est moins un besoin d'exister Ă tout prix, un dĂ©sir de cĂ©lĂ©britĂ©, qu'une envie de 'jouer le match'. Bernard, c'est Cyrano et son panache, qui croit qu'il est dans l'ombre et qui illumine tout le monde. Sans lui, sans ses tweets, sans sa bouille, sans son rentre-dedans, on s'emmerde. Il nous rĂ©veille, il rĂ©veille l'Ă©poque. LĂ encore, c'est Cyrano 'Que dites-vous ?... C'est inutile ?... [...] / C'est bien plus beau lorsque c'est inutile ! [...] / - Je sais bien qu'Ă la fin vous me mettrez Ă bas ; / N'importe je me bats ! je me bats ! je me bats !' Oui, c'est inutile, sans doute, ces tweets de Pivot auxquels rĂ©pondent des imbĂ©ciles. Mais c'est beau, de faire ça, Ă son Ăąge." Episode 4 OĂč sa curiositĂ© se confirme ĂȘtre une belle qualitĂ© Ceux qui connaissent Bernard Pivot savent qu'il ne serait pas le mĂȘme sans elle. Anne-Marie Bourgnon Ă©tait dĂ©jĂ sa collaboratrice du temps du Figaro LittĂ©raire, dans les annĂ©es 1960, elle l'a suivi Ă la tĂ©lĂ©vision et ne l'a pas quittĂ© aprĂšs, continuant, depuis son petit bureau de la proche banlieue parisienne, d'envoyer ses chroniques au JDD, de planifier ses rendez-vous, ses dĂ©placements, de surveiller ses comptes et ses contrats. Elle est plus organisĂ©e que lui, qui, selon sa fille, gĂšre pourtant dĂ©jĂ "un emploi du temps millimĂ©trĂ©." C'est dire. AprĂšs cinquante annĂ©es passĂ©es Ă son cĂŽtĂ©, cette fidĂšle parmi les fidĂšles sait mieux que quiconque pourquoi Pivot Ă©tait aussi certain, en mettant un terme Ă sa carriĂšre de journaliste tĂ©lĂ©, que, comme il s'en rĂ©jouissait Ă l'Ă©poque, "une vie agrĂ©able [l]'attendait". "Quand moi j'allais au théùtre, lui passait ses soirĂ©es Ă lire. Il n'allait jamais au cinĂ©ma, au concert, ne voyageait pas. Tout ce qu'il s'est remis Ă faire quand il a arrĂȘtĂ© Apostrophes." Pourquoi, alors, replonger aussi rapidement, revenir Ă cette boulimie d'activitĂ©s qui, de sa premiĂšre vie Ă la seconde, donne le mĂȘme tournis ? "C'est de la gourmandise, de l'envie, l'envie de dĂ©couvrir mille choses, corrige-t-elle en riant, comme entre presque chacune de ses phrases. Pas de la boulimie." Un Pivot augmentĂ©. A l'envie, Ă la gourmandise, Guillaume Allary prĂ©fĂšre un autre terme, aux ressorts presque identiques, mais tellement plus ample la curiositĂ©. Et reçoit de l'assistance un soutien unanime. "C'est le mot qui le caractĂ©rise le mieux, abonde Pierre Assouline. L'historien Pierre Nora, avec qui Bernard Pivot a signĂ© un livre d'entretien sur son MĂ©tier de lire*, le disait dĂ©jĂ il est l'interprĂšte de la curiositĂ© publique." "Il est intĂ©ressĂ© par tout, le dĂ©borde par la droite Jean Solanet, truculent prĂ©sident en titre du Club des Cent. Il a une capacitĂ© d'Ă©tonnement inĂ©puisable." François Busnel, pour qui c'est "sa marque de fabrique", l'associe Ă sa disponibilitĂ©, "qui fait que lorsque Jean-Michel Ribes l'appelle, il rĂ©pond, que si Jean d'Ormesson le fout dehors, il rebondit ailleurs." Le patron d'Albin Michel, Richard Ducousset, qui le frĂ©quente depuis longtemps et a Ă©ditĂ© nombre de ses livres, trouve que c'est elle qui, appliquĂ©e Ă son travail d'Ă©criture, fait de lui un "Pivot augmentĂ©". AugmentĂ© ? Bernard Pivot n'est pas d'accord. Il trouve qu'il n'y a rien d'exceptionnel lĂ -dedans, qu'il a "la curiositĂ© normale de tout journaliste qui s'il n'est pas curieux n'est pas journaliste". Mais il admet que "ce qui explique [sa] longĂ©vitĂ©, c'est la longĂ©vitĂ© de [sa] curiositĂ©". Et Anne-Marie Bourgnon, finalement ? Elle approuve aussi. Elle en fait mĂȘme son "arme absolue contre la vieillesse". La vieillesse. Pour Bernard Pivot, "comme pour nous tous", tempĂšre Ă juste titre François Busnel, c'est un sujet... sans en ĂȘtre un. "J'ai 83 ans, mais je continue comme s'il n'y avait pas de limite. La limite viendra de la santĂ© et de la mort. Je fermerai les Ă©coutilles, et puis voilĂ ! prĂ©vient-il, en bon stoĂŻcien. En attendant, ce qui vous semble ĂȘtre de l'hyperactivitĂ©, c'est ce qui me maintient en forme. Je suis comme une batterie qui se recharge elle-mĂȘme". Et ça suffit ? Pas tout Ă fait. "Sa vieillesse, il en parle depuis qu'il a 60 ans, rĂ©pond sa fille. Aujourd'hui, il en guette chaque nouveau signe. Elle lui fait peur, il la combat." Depuis les dĂ©cĂšs rĂ©cents de deux de ses meilleurs amis, Jean-Claude LattĂšs et l'Ă©diteur Raymond LĂ©vy, une figure de la RĂ©sistance, elle a pris un aspect plus menaçant. Alors bien sĂ»r, il fait attention Ă lui, veille au bon fonctionnement de sa "carcasse". "Il fait un check-up tous les ans", le moque gentiment Paul Geoffray. Sans omettre toutefois de prĂ©ciser que, pendant que son copain fait les 400 coups, lui-mĂȘme "passe la moitiĂ© de [ses] journĂ©es dans un fauteuil"... L'Ă©diteur Jean-Claude LattĂšs, l'un de ses meilleurs amis, aujourd'hui dĂ©cĂ©dĂ©, en 1977. AFPFrançois Busnel a une solution diffĂ©rente, en mĂȘme temps qu'un dĂ©but d'explication et un hommage Ă la lecture "Lire pendant quarante ans de sa vie, comme il l'a fait, apporte un regain d'Ă©nergie. Umberto Eco disait que celui qui ne lit pas n'a qu'une vie et que celui qui lit en a mille. Bernard a eu mille vies. A son Ăąge, lesquelles rendre rĂ©elles ? Une vie d'artiste et de saltimbanque sur scĂšne ? Pas mal. Le Goncourt ? Pas mal aussi. Un livre avec sa fille ? Un beau projet. Sa vitalitĂ© vient aussi de ce qu'il a lu Ă©normĂ©ment. Et qu'il s'est appropriĂ© tous ces livres". Plus prosaĂŻque, ou plus sentimentale, Anne-Marie Bourgnon fait allusion, sans s'Ă©tendre, Ă une autre mĂ©decine "Il continue d'ĂȘtre amoureux, et ce n'est sĂ»rement pas un hasard, c'est une volontĂ© de bonheur". Voltaire le disait dĂ©jĂ "J'ai dĂ©cidĂ© d'ĂȘtre heureux, parce que c'est bon pour la santĂ©." Quand on s'appelle Pivot, on n'Ă©chappe pas aux grands Ă©crivains. Episode 5 OĂč sa popularitĂ© demeure inoxydable malgrĂ© le temps qui passe"Nous nous rendions Ă un festival, en train. A l'aller, il y avait ce couple, les deux devaient avoir autour de 70 ans. Au retour, c'Ă©tait une jeune femme, 35 ans environ. Ils ont reconnu mon pĂšre, eux comme elle, et ça nous a marquĂ©s, lui et moi. A des heures d'intervalle et bien que trĂšs diffĂ©rents, eux devaient le connaĂźtre d'Apostrophes, elle de ses dictĂ©es, tous les trois ont eu la mĂȘme rĂ©action ils Ă©taient heureux, trĂšs heureux, de rencontrer, non une cĂ©lĂ©britĂ©, mais quelqu'un qu'ils aimaient vraiment, on le sentait." Des histoires comme celle-lĂ , CĂ©cile Pivot en a plein sa besace, vĂ©cues au quotidien, au restaurant, sur des aires d'autoroute ou, depuis qu'ils dĂ©dicacent ensemble leur livre commun, chez les libraires. Dix-sept ans aprĂšs la fin de Bouillon de culture, il suffit de se promener avec lui quelques minutes dans la rue pour constater que Bernard Pivot est encore une star - pardon, une vedette. Sans reparler de ses spectateurs au théùtre ou du million d'assidus qui l'attendent chaque matin, Ă 8 heures tapantes, sur Twitter. Passeur pour tous et pour toujours. La raison de cette popularitĂ© qui ne se dĂ©ment pas ? Pour sa fille, "c'est sa modestie, d'abord". Mais aussi cette forme de luciditĂ©, sur lui-mĂȘme et ses capacitĂ©s, grĂące Ă laquelle il n'a jamais fait que ce qu'il savait faire, refusant, il l'a souvent racontĂ©, de devenir producteur, prĂ©sident de chaĂźne ou ministre. SĂ©ance de dĂ©dicaces, le 26 aoĂ»t 2007, Ă Chanceau-PrĂšs-Loches, lors de la douziĂšme Ă©dition de la manifestation littĂ©raire La ForĂȘt des Livres. Une popularitĂ© toujours "Il n'a pas connu une seule affaire, n'a pas une seule casserole", s'Ă©tonne-t-elle presque. "Il n'y a pas une tache dans son parcours professionnel", insiste Pierre Assouline, qui loue tout autant son "absolue libertĂ©". Pour un homme de tĂ©lĂ©vision, prĂ©sident de jury littĂ©raire de surcroĂźt, le cas est rare. Jean-Luc Grandrie, son producteur, qui se doit de bien connaĂźtre son public par nĂ©cessitĂ© commerciale, a une thĂ©orie complĂ©mentaire si on l'aime, Bernard Pivot, c'est parce qu'il est aimable. Qu'il goĂ»te "le contact avec les gens, qu'il prend le temps". Il se souvient de certaines sĂ©ances de dĂ©dicaces, aprĂšs le spectacle, "qui duraient plus longtemps que la piĂšce elle-mĂȘme". DerniĂšre hypothĂšse, celle de Guillaume Allary, qui estime logique que sa cote n'ait jamais baissĂ©, puisque, selon lui, il fait depuis toujours le mĂȘme mĂ©tier de "passeur" - "IntermĂ©diaire, c'est moins prĂ©tentieux", rectifie Bernard Pivot. "A Apostrophes, Ă Bouillon de culture, Ă Double Je, dans ses journaux et ses livres, sur scĂšne et sur Twitter, en sĂ©lectionnant des romans pour le Goncourt, que fait-il d'autre ? Il passe. Il fait connaĂźtre des auteurs et des ouvrages Ă des lecteurs. C'est bien pour ça qu'il n'arrĂȘtera jamais, je le lui ai dit. Etre un passeur, c'est comme ĂȘtre un Ă©diteur, c'est sans fin." Sa lumiĂšre s'Ă©teindra donc sur scĂšne, comme celle de MoliĂšre avant lui, sans qu'il ait jamais dĂ©telĂ© ? Bernard Pivot a une vision diffĂ©rente de ses derniers instants "Si je peux choisir, je prĂ©fĂ©rerais mourir dans un fauteuil, un livre entre les mains." Pour dire une derniĂšre fois merde Ă la mort et vive la vie. *Les livres de Pivot L'Amour en vogue Calmann-LĂ©vy, 1959 ; Le MĂ©tier de lire avec Pierre Nora, Gallimard, 1990 ; Le Dictionnaire amoureux du vin Plon, 2006 ; Les Mots de ma vie Albin Michel, 2011 ; Oui, mais quelle est la question ? NiL Editions, 2012 ; Au secours ! Les mots m'ont mangĂ© Allary Editions, 2016 ; La mĂ©moire n'en fait qu'Ă sa tĂȘte Albin Michel, 2017 ; Lire ! avec CĂ©cile Pivot, Flammarion, 2018. Eric Mettout Les plus lus OpinionsLa chronique de Vincent PonsVincent Pons, avec Boris VallĂ©eLa chronique de Marion Van RenterghemPar Marion Van RenterghemLa chronique de Sylvain FortPar Sylvain FortLa chronique du Pr Gilles PialouxPar le Pr Gilles Pialoux
RĂ©sumĂ© Adam Hitch est atteint de questionnite », il ne peut sâempĂȘcher de poser des questions. Une maladie incurable contractĂ©e dĂšs son enfance et qui ne le quitte plus. Tout le monde en fait les frais, sa famille, ses amis, ses professeurs et surtout ses petites amies quâil questionne sans relĂąche avec un seul but savoir ! DĂ©couvrir les grands et petits secrets que chacun conserve prĂ©cieusement et quâil nâentend pas divulguer. Entre Bernard Pivot et le narrateur de ce roman, les ressemblances sont nombreuses⊠nâest-ce pas plutĂŽt une autobiographie dĂ©guisĂ©e que lâĂ©crivain cherche Ă nous faire lire ? Avis Quand on me parle de Bernard Pivot, je pense aux Ă©missions Apostrophes et Bouillon de Culture. A leur Ă©poque jâĂ©tais trop jeune pour pouvoir en profiter mais jâai pris plaisir Ă en dĂ©couvrir de nombreux passages grĂące aux archives de lâINA. Je pense aussi aux cĂ©lĂšbres DictĂ©es de Pivot et Ă ses livres 100 mots et 100 expressions Ă sauver que je vous recommande. Pour moi, il est un peu le grand dĂ©fenseur de la langue française et des jolis mots. Moi-mĂȘme grand curieux la curiositĂ© nâest un dĂ©faut que pour ceux chez qui elle fait dĂ©faut !, jâai tout de suite Ă©tĂ© attirĂ© par ce livre. Adam Hitch serait donc aussi curieux que moi ? Non, je dois bien lâadmettre, il est bien pire, il sâinterroge sur tout ! Comment embrasser ? quelle est la derniĂšre carte Ă jouer quâa vu De Gaulle avant de mourir ? que pensent ses petites amies ? comment ses parents ont vĂ©cu leur premiĂšre relation sexuelle ?⊠Lâune des premiĂšres questions quâil se pose câest que sera le Paradis ? Pour lui, câest un lieu oĂč la moindre de ses questions obtiendra une rĂ©ponse sincĂšre, Ă lâopposĂ© de lâEnfer oĂč aucun secret ne sera dĂ©voilĂ©. Entre les chapitres, il glisse quelques questions adressĂ©es au Seigneur et dont nul autre que lui ne pourrait avoir la rĂ©ponse Seigneur, le 5 avril 1994, Kurt Cobain sâest-il suicidĂ© dâune balle dans la tĂȘte dans sa maison du Lac Washington, thĂšse officielle, ou a-t-il Ă©tĂ© assassinĂ© comme le prĂ©tend le dĂ©tective Tom Grant, engagĂ© par Courtney Love, la femme du chanteur ? / Seigneur, pourquoi lâUnivers est-il en expansion et, surtout, comment expliquer que cette expansion sâaccĂ©lĂšre ? » Avec ses questions, Adam Hitch ne manque pas dâĂ©veiller notre propre curiositĂ©. LA grande question de ce livre câest de savoir dans quelle mesure Bernard Pivot a retranscrit sa vie dans les traits de ce malade de la questionnite. Hitch est tout comme lui un personnage public ; il anime une Ă©mission tĂ©lĂ©visĂ©e appelĂ©e ApartĂ© » on remarquera la ressemblance avec Apostrophe ; il a commencĂ© en tant que journaliste sportif et â entre autres points communs â songe Ă Ă©crire un livre sur la question. La mise en abĂźme est donc flagrante et je me demande si Bernard Pivot a vĂ©cu tout ce quâil raconte dans cet ouvrage. Est-lĂ sa maniĂšre de partager avec nous, en plus de son amour pour les questions, sa frustration lorsquâil ne parvient pas Ă obtenir de rĂ©ponses ? Jâai eu Ă©normĂ©ment de plaisir avec ce livre, rempli dâhumour et de jolies pensĂ©es et je vous invite trĂšs vivement Ă vous plonger dedans. Quant Ă moi, je me plait Ă croire que le titre Ă©nigmatique de ce livre nous apporte la rĂ©ponse Ă la question qui nous taraude tant ! Extraits [tabs slidertype= »simple »] [tab]Extrait 1/3 Je souffre dâune maladie chronique que jâappelle la questionnite ». Son symptĂŽme est Ă©vident, identifiĂ© de tous mes proches je nâarrĂȘte pas de leur poser des questions. Je ne peux pas mâen empĂȘcher. Câest plus fort que moi. Câest une seconde nature. Je suis en Ă©tat de perpĂ©tuelle curiositĂ©. Et de manque si je ne parviens pas Ă la satisfaire. Je ne suis pas le type qui se contente dâun machinal comment vas-tu ? ». Je veux savoir. Quoi ? Peu importe, je veux savoir. Toute personne dĂ©tient de grands ou petits secrets quâelle nâentend pas divulguer, mais que mes questions peuvent lâamener Ă avouer. Il nây a pas dâhomme ou de femme sans double fond. Sans mystĂšres, sans cachotteries, sans arriĂšre-pensĂ©es. Moi, jâen ai. Beaucoup. Heureusement, je ne suis jamais tombĂ© sur un loustic comme moi qui vous bombarde de questions et qui, Ă la longue, devient insupportable. Ă lecteurs, aimables lecteurs anonymes qui nâavez pas endurĂ© le supplice de mes questions, je vous prie de compatir au rĂ©cit de la triste vie dâun homme qui a laissĂ© sa profession contaminer jusquâĂ son intimitĂ©. Serez-vous Ă©mus par mes souffrances ? Vous moquerez-vous au contraire de ce qui vous apparaĂźtra comme une maniaquerie ? Vous amuserez-vous, et mĂȘme vous rĂ©jouirez-vous de mes dĂ©boires causĂ©s par ce quâil faut bien appeler un vice ? Vous direz-vous quâil vaut mieux me croiser dans un livre plutĂŽt que dans un bureau, un restaurant ou un lit ? Chemin faisant, vous interrogerez-vous sur votre propre usage des questions ? Sur votre inclination ou vos rĂ©ticences Ă les poser ? Sur votre aptitude Ă les bien formuler ? Sur vos rĂ©actions aux questions qui vous sont posĂ©es ? Sur votre ennui ou votre plaisir Ă y rĂ©pondre ? Sur⊠Voyez, lecteurs amĂšnes, je suis incorrigible, nous avons fait connaissance il nây a pas deux minutes, et, dĂ©jĂ , vous avez reçu une dizaine de questions comme poings en rafales sur un punching-ball. [/tab] [tab]Extrait 2/3 Quand devient-on vieux ? Quand on nâa que des rĂ©ponses et plus de questions. Certains posent encore des questions pendant leurs derniers jours. Ils meurent jeunes. Peut-ĂȘtre que je ne serai jamais vieux ? Câest plus un souhait quâune question. [/tab] [tab]Extrait 3/3 Plus que le mensonge, le silence est Ă redouter. Jâai racontĂ© combien jâai souffert et je continue de souffrir de lâabsence de rĂ©ponses de Douchka. Sa fuite dans lâespace et dans le temps. Mes points dâinterrogation qui nâaccrochent que du vide. Ma dĂ©sorientation, mon hĂ©bĂ©tude. Le silence est la pire des rĂ©ponses parce quâil libĂšre dans lâimagination ce quâelle a de plus pernicieux. De plus sombre aussi. Enfin, de plus obsĂ©dant. Poser des questions câest encore sâexposer Ă un refus de rĂ©pondre ironique ou indignĂ©. Ambiance ! Ou bien lâon peut sâattirer une rĂ©ponse, une vraie rĂ©ponse, mais courroucĂ©e ou blessante. AtmosphĂšre ! Ou encore la question a touchĂ© un point trĂšs sensible et lâon voit la personne chercher ses mots, bafouiller, tandis que ses yeux luisent de larmes. GĂȘne ! Poser des questions, quand elles ne sont pas de convenance ou de routine, câest se hasarder dans lâindiscrĂ©tion, sâaventurer dans le secret, braver peut-ĂȘtre un interdit. Ces choses-lĂ nâarrivent pas tous les jours, mais câest un danger latent. [/tab] [/tabs] Note 2012 â 271 pages â ISBN 978-2-84111-619-5 Bernard Pivot â Français Heureux papa de Culturez-vous ! Trentenaire parisien passionnĂ© par l'art, la culture, le patrimoine et les voyages, je suis un flĂąneur professionnel et un Ă©ternel curieux đ